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L'année 1986

Durant cette année - c'est-à-dire du 26 novembre 1985 au 26 novembre 1986 -l'huile a complètement cessé de couler de l'Icône miraculeuse, à l'exception d'une petite couche qui couvre de temps en temps une partie du verre.

De même, a cessé toute manifestation extatique.

Cependant, Myrna a conçu.

La prière continue à la maison, qui reste ouverte à tout venant, et dans la gratuité la plus totale.

Le 6 mai, je fais un voyage en France. J'y retrouve le P. Pierre Veau. Ensemble, nous rendons visite au P. René Laurentin et passons avec lui deux bonnes heures, lui parlant du Phénomène de Soufanieh. En partant, nous lui laissons un dossier complet - jusqu'à cette date du moins - et une invitation à venir à Damas à l'occasion du quatrième anniversaire.

Il y a aussi le P. Jean-Claude Darrigaud, journaliste à Antenne 2, spiritain comme le P. Pierre Veau. Celui-ci lui en a dit un mot. Je vais donc le voir, lui parle aussi du Phénomène, dont le P. Veau lui a également laissé un dossier. Je l'invite, lui aussi, à venir à Damas pour le quatrième anniversaire.

En France, conformément à mon habitude, j'en parle dès que l'on me pose des questions. Sinon, je reste tout à fait muet. En fait, je suis fréquemment questionné. A Nantes, je fais une visite rapide aux Soeurs ursulines de l'Institution Blanche de Castille, au cours de laquelle, je leur raconte longuement les événements de Soufanieh, dont elles ont des nouvelles à la suite d'une précédente visite en 1984 et un échange de courrier.

A Paris, il me faut signaler une chose d'importance, me semble-t-il au cours d'une rencontre avec le P. Pierre Boz, il me dit sa crainte de l'irruption des mass-médias occidentaux dans le Phénomène de Soufanieh. Il craint une exploitation qui finisse par défigurer le Phénomène et le discréditer.

D'autre part, le P. Boz est presque sûr que le Phénomène concerne uniquement l'Église orientale. Pourquoi dès lors travailler à le répandre au-delà? Je ne peux ni confirmer, ni infirmer cette crainte. Cependant, je tiens à lui poser cette question: Pourquoi la Vierge s'est-Elle plu à lui donner deux signes? Est-ce uniquement pour le récompenser d'avoir pris la peine de venir jusqu'à Damas ou parce qu'Elle attend de lui une chose pour laquelle il me semble tout désigné : c'est peut-être à lui, qui connaît si bien la théologie orientale et la mentalité arabe, de transmettre aux Occidentaux, dans le langage qui est le leur, ce que la Vierge a éventuellement à leur dire. De son côté, face à cette question, il reste perplexe.

Bien sûr, je prends contact, par téléphone avec le P. Adel Khoury, doyen de la Faculté de Théologie de Munster. Il est toujours "très positif'. Il voudrait voulu avoir plus d'informations.

Tout cela est plus qu'ordinaire.

A l'aéroport de Detroit, je suis accueilli par le chanteur libanais Tony Hanna. Il me prévient qu'il a invité de nombreux amis le soir même, chez lui, pour leur présenter Soufanieh. A la maison, il confirme par téléphone le rendez-vous. Puis il téléphone à l'un de ses amis, à Los Angeles, le docteur Antoine Mansour, pour le prévenir de mon arrivée. Ce dernier m'invite avec insistance à venir à Los Angeles pour comprendre exactement ce qui se passe à Damas. Je m'excuse, faute de temps, lui promettant de lui envoyer le dossier dont je dispose, sûr que je suis que c'est lui qui viendra bientôt à Damas.

Le docteur Mansour tient à ma visite, parce que, quelques jours auparavant, Tony Hanna s'est heurté chez lui à un haut prélat oriental, qu'accompagnait un prêtre de Damas, à propos du Phénomène de Soufanieh.

Le soir de ce jour, plus d'une trentaine de personnes, d'origine arabe, sont réunis chez Tony Hanna, dont des médecins, des avocats, des commerçants, etc.

Je donne mon témoignage durant près d'une heure et demie. Puis, Tony leur présente quelques séquences de la vidéocassette de Soufanieh. Ensuite, nous prions et chantons. Tony leur distribue des images agrandies de Notre-Dame de Soufanieh, dont il a déjà distribué des milliers aux Etats-Unis.

Quelques-uns sont tellement émus par ce qu'ils ont entendu, qu'ils me disent au cours du repas qui suit, qu'ils se sont sentis littéralement au ciel. Et ce qui les touche, m'assurent-ils, c'est que cela se passe en Syrie même, ou du moins dans le monde arabe.

Quant à Tony Hanna, il me prend à part et me dit son étonnement devant l'exactitude des renseignements, guettant de ma part la moindre erreur de dates ou de noms.

-L'on dirait un appareil enregistreur! me dit-il.

Je lui réponds :

- Tony, comment peut-on oublier une chose aussi exceptionnelle, dans ses moindres détails?

Quant au docteur Antoine Mansour, il viendra de fait à Damas, le 11 juillet 1986, c'est-à-dire près d'un mois après avoir reçu le dossier de Soufanieh. Il viendra avec sa femme et ses deux petites filles, mais ne restera que quatre jours à Damas. Après quoi, il rentrera directement à Los Angeles.

Que fera-t-il à Damas? Avant tout, il voudra "comprendre tout". Il parlera avec le "groupe" de Soufanieh, avec Myrna à part, avec le P. Malouli. Il essaiera de "comprendre" séparément chacun des différents aspects du Phénomène. Finalement, il devra "se rendre". Le quatrième jour, il s'agenouillera longuement devant la petite Icône, priera et chantera. L'on me dira même qu'à un moment donné il a pleuré. Avant de partir, il dira à Tony Hanna:

- Désormais, aux Etats-Unis, ce n'est plus toi qui parleras de Soufanieh, laisse-moi faire!

Et quand, quelques jours après, je dirai à Mgr Tawil, évêque grec catholique des Etats-Unis, comment s'est comporté le docteur Mansour, il aura cette réponse :

- Tu sais, le docteur Mansour est très connu aux Etats-Unis, et il a une réputation de savant. C'est un grand acquis pour Notre-Dame de Soufanieh!

Au Canada, de multiples rencontres ont lieu chez les nombreux amis arabes, avec qui je passe tout mon temps. Six jours au Canada, c'est peu, mais ce séjour est si riche en rencontres, dont la plupart se terminent par une prière à la Vierge et quelques chants, à la demande même d'une des personnes présentes.

Mais là aussi, je remarque que les derniers à s'intéresser à Soufanieh sont les prêtres et les évêques...

De retour à Damas, je vais directement à Soufanieh. Et là, j'ai la surprise d'apprendre par M. Georges Abou-Aita, de Bethléem, que de l'huile a suinté de l'une des images de Notre-Dame de Soufanieh dans la maison de son frère à Bethléem. Je le prie de demander au curé lui-même, en mon nom, de bien vouloir nous envoyer un certificat signé.

Nous apprenons, peu après, que le même phénomène s'est produit au Venezuela. Ce fait nous est rapporté par un émigré syrien du nom de Georges Azrak, de Caracas, qui rentre le lendemain même au Venezuela. On lui fait la même demande.

Le 8 octobre, je reprends la route de l'Europe, mais cette fois, c'est l'Allemagne, puis la France. J'y rencontre de nombreux amis, surtout des Syriens. Soufanieh est toujours au centre de nos conversations. Le moins que je puisse dire est que ce fait soulève l'étonnement. Pour certains, c'était une joie, pour d'autres, on les sent remués par la nostalgie du pays, et la perspective d'un espoir nouveau tant pour le pays que pour les chrétiens eux-mêmes. Partout, les images de la Vierge sont très bien accueillies.

Je téléphone, bien sûr, au P. Adel Khoury. Voici sa position encore une fois : il est toujours "très positif'. Il va réimprimer l'image de la Vierge, et la distribuer à ses élèves en théologie, mais après avoir corrigé l'allemand du texte qui l'accompagne. D'autre part, il a envoyé le dossier à un grand théologien allemand pour avoir son avis. Lui-même est tellement attiré par Soufanieh qu'il risque bientôt de nous faire la surprise d'arriver à Damas.

A Paris, je revois le P. Laurentin, en compagnie de mon ami Antoine Gennaoui, économiste. Il me semble que le Père a ou bien tout oublié ou bien, plutôt, pas pris connaissance du dossier. Nous passons avec lui un long moment. Je l'invite à Damas pour le quatrième anniversaire. Il s'excuse, car il est déjà engagé pour la même date au Rwanda, où un phénomène semblable est en train de se produire. «Partie remise», me dis-je. Cela viendra sans faute. Cependant, il demande qu'on le tienne toujours au courant de Soufanieh.

A Paris aussi, j'ai la joie d'entendre l'un de mes amis, un chirurgien syrien du nom de Faëz Hoche dire ceci, en dépit de sa réserve précédente:

- Père, il est deux choses auxquelles tu dois te cramponner et dont moi je ne doute pas. La première : le fait de l'huile, c'est une chose qui a été vue par des milliers, on ne peut plus en douter. La deuxième, c'est le rapport où le docteur Pierre Salam décrit l'état d'Alice Benlian et sa guérison. Ce rapport, tu dois t'y accrocher solidement. C'est ton arme la plus sûre qu'il faut brandir aux yeux de tout opposant. Je suis médecin chirurgien et je sais de quoi je parle.

Cette position de Faëz me réjouit beaucoup. Je me rappelle alors avoir lu ce même rapport en présence d'un auditoire très vaste, le jour de la conférence du 1er mars 1983, en présence du délégué du patriarche orthodoxe ainsi qu'en présence de Mgr François Abou-Mokh, mon supérieur. Ce jour-là, il y avait eu des médecins également. Personne n'avait bronché. En tout cas, l'attitude de Faëz Hoche compense largement cette déception.

A Paris, j'ai trois rencontres concernant les médias, début novembre.

La première, inattendue, avec le P. Jean Maksoud, directeur de la revue Peuples du Monde.

La deuxième avec Radio Notre-Dame, grâce au P. Pierre Boz lui-même, qui a visité Soufanieh début juillet 1984.

La troisième, avec le prêtre-journaliste Jean-Claude Darrigaud, qui travaille à Antenne 2.

La première rencontre a lieu le 5 novembre, par pur "hasard". Le P. Jean Maksoud, m'entendant parler un peu à table du Phénomène, me demande de rencontrer le comité de rédaction qui a une réunion, ce jour-là précisément. Ils sont près d'une douzaine : tous des hommes quels étaient les prêtres parmi eux? je n'en sais rien -, plus une femme et une jeune fille. Je leur demande d'abord de laisser de côté, si possible, leurs critères cartésiens, et de s'abstenir de juger a priori le Phénomène. Bien sûr, libre à eux ensuite de prendre la position qu'ils voudront. Je présente le Phénomène dans le cadre de la Syrie. L'intérêt des auditeurs est très divers : l'un d'entre eux dort tout simplement. Un autre ne cherche pas trop à cacher un sourire des plus ironiques. Un troisième feuillette une revue, apparemment indifférent à ce qu'il entend.

A la fin, l'on me pose plusieurs questions, dont deux expriment une opposition théologique à deux phrases contenues dans les messages : ``l’église est le Royaume des cieux sur la terre», (la Vierge, dans son message du 24 mars 1983) et la phrase : «Toutes les fois que tu regardes vers les créatures, s'éloigne de toi le regard du Créateur» (Jésus à Myrna, le 26 novembre 1985). Leur refus de ces deux phrases repose, pour le premier texte sur une «contradiction théologique», pour le second sur son «incompatibilité avec la dignité humaine». C'est ainsi qu'ils voient les choses.

Ils ont aussi deux graves objections : la première repose sur «le fait de la complexité de l'Orient... Dans ce cas, est-ce que la Vierge voudrait ajouter de nouvelles complications?». La seconde objection : la foi n'a pas besoin de choses extraordinaires de ce genre pour se maintenir. C'est à croire que tout cela est oeuvre humaine.

Je m'arrête là, sans vouloir rappeler l'essentiel du dialogue qui s'en suit. J'ajoute seulement que le P. Maksoud, qui a voulu cette rencontre, et qui a gardé un silence total durant tout l'échange, se sent gêné à mon égard. Il essaie d'excuser ses collègues, au moment où je prends congé de lui. Je me contente de lui dire:

- Ne t'en fais pas, je ne m'attendais pas à mieux.

Mais au fond de moi-même, je ressens ce qu'a dû ressentir saint Paul au moment où il prêchait aux Athéniens la Résurrection de Jésus et que ceux-ci lui ont dit: «Nous t'écouterons une autre fois ... »

Deuxième rencontre : Jusqu'à cette date, le P. Boz a refusé tout contact avec les médias européens. Subitement, il lui semble qu'il faut dire quelque chose. C'est début novembre 1986. J'accepte, mais à condition de ne parler que religion, tellement l'atmosphère est déchaînée contre la Syrie. La causerie a lieu avec Denise Dumolin, à Radio Notre-Dame, le matin du 7 novembre 1986. Trois-quarts d'heure au total, dont je consacre la dernière partie à Soufanieh. Aussitôt après, Denise Dumolin demande une interview plus longue au cours de laquelle je dois donner plus de détails sur le Phénomène de Soufanieh. J'accepte avec plaisir. Je lui remets ensuite le dossier dont je dispose, lui laissant toute latitude de distribuer les deux cassettes à son gré.

Troisième rencontre, avec le P. Jean-Claude Darrigaud, reporter à Antenne 2, et professeur de journalisme à l'Université de Strasbourg. Je lui rends visite deux fois : la première dans son bureau à la télévision, puis chez lui où il m'est possible de voir les films qu'il a tournés sur Medjugorje en Yougoslavie. Les deux fois, je l'invite à Damas. Il est disposé à le faire, mais à une condition : il ne s'engage à rien. Je lui affirme que c'est exactement ce qu'on attend de lui : qu'il vienne en journaliste et si, en journaliste, il juge que c'était intéressant, nous lui laisserons toute liberté. Je lui laisse entendre que, peut-être, la Vierge ne nous décevra pas pour son quatrième anniversaire, comme elle nous y a habitués jusqu'ici.

Je rente à Damas le 16 novembre 1986. La première chose que je fais en arrivant est de passer à Soufanieh, avant même de rentrer chez mes parents. Là, deux surprises m'attendent:

La première, attendue : la petite Myriam, fille de Nicolas et de Myrna, que la Vierge leur a promise d'une façon si délicate, le 1er mai 1985, quand, au cours de l'extase, elle a dit à Myrna : «Je te donnerai un cadeau pour tes fatigues.»

La seconde, espérée : le document sur l'image de la Vierge, qui a suinté à Bethléem. Un texte étonnant qui rappelle un peu le style des premières lettres chrétiennes. Chose on ne peut plus réjouissante : le document porte la signature de deux prêtres : le père Jacques Abou-Sada, grec-catholique de Bethléem, et le père Ibrahim Khoury, grec-orthodoxe de Beit-Sahour, avec les cachets des deux paroisses, plus les deux signatures de M. Georges Abou-Aita et de l'avocat Dimitri Abou-Aita.

Je suis heureux de transcrire entièrement ce document qui porte la date du 15 septembre 1986.

J'ajoute que, pour la communauté de Soufanieh, ce document constitue comme les prémices de l'union de l'Église, puisqu'il émane de deux responsables de paroisses, catholique et orthodoxe.

C'est le premier document arabe de ce genre et la première réponse d'Église, écrite et signée, à l'appel de la Vierge, le soir du 24 mars, en faveur de l'unité de l'Église.

TÉMOIGNAGE

«Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, le Dieu Unique, Amen.

"Seigneur, que tes oeuvres sont grandes

toutes, avec sagesse, tu les fils!"

A notre "sœur" respectable Myrna, que le Seigneur la fortifie,

Salut plein d'amour et jaillissant de la foi,

nous t'adressons, à toi, à ton foyer et à ta famille,

de la ville de Bethléem, où se trouve le berceau sublime,

et de la ville de Beth-Sahour, où les anges ont annoncé la naissance du Sauveur,

en implorant le Dieu Tout-Puissant, de t'accorder santé et force,

et le pouvoir de montrer les merveilles de la Toute-Sainte Mère de Dieu,

pour qu'elle devienne le guide des âmes assoiffées de foi.

Comme nous sommes heureux de porter à ta connaissance, qu'en date du 12 juin 1986,

nous fûmes invités à la maison de M. Mitri Tanass Abou-Aita, à Bethléem,

pour contempler la puissance transcendante du Créateur,

et voir l'huile sainte couler de l'image de la Vierge Toute Pure,

"Source de l'huile sainte" que M. Georges Tanass Abou Aita avait apportée avec lui,

lors de la visite qu'il te fit à Soufanieh, à Damas.

L'huile continua à couler de l'image pendant un mois entier.

Des centaines de prêtres et de fidèles appartenant aux différentes communautés chrétiennes de Bethléem,

de Beit-Sahour, de Beit-Jala, de Jérusalem, de Ramallah et de Nazareth ont visité l'Image pour se faire bénir, et ils prièrent et chantèrent pour glorifier le Créateur, qui envoie ses miracles du ciel, et pour honorer la Vierge Pure, Mère de la Lumière.»

Et, de fait, elle resta et sera avec nous lors du troisième anniversaire de Soufanieh et quelque temps avant le quatrième anniversaire, elle m'a envoyé une lettre, datée du 17 novembre 1986, dont j'extrais le passage ci-après :

«Je voulais par ce mot vous dire que le 27, je serai très unie avec vous tous priant à Soufanieh. Je ne peux oublier ce que j'ai vécu l'an dernier, à cette même date : événement si fort dans ma vie spirituelle, qui a renouvelé en moi, avec force et lumière, le désir et la façon de vivre en disciple à la suite de Jésus.»