Une invitation à se tourner vers l'avenir

L'Église à laquelle le Seigneur s'adresse, spécialement l'Église du Proche-Orient, à partir de l'Église de Damas, est une Église que le Seigneur veut tournée vers l'avenir. Dans tous ses messages, on voit Jésus parler du futur.

Certes, Il a fait allusion à des situations passées et présentes qui Lui déplaisent. Quand Il dit, par exemple: Priez pour les pécheurs qui pardonnent en mon nom, et pour ceux qui renient ma mère. Ou bien: Dis à mes enfants que c'est d'eux que je demande l'unité et que je ne la veux pas de ceux qui leur jouent la comédie en simulant de travailler pour l'unité. Ou encore: Et en celui qui me regarde, je peindrai mon image, car malheur à celui qui représente mon image alors qu'il a vendu mon sang. Ces trois phrases en disent long sur la peine que, non pas l'Église, mais les hommes de l'Église, responsables et fidèles, ont pu causer au Seigneur, soit dans le passé, soit dans le présent.

Mais, à part cela, le Seigneur ne cesse de nous inviter à regarder au-delà, à voir ce que Lui, Il compte faire. Non pas ce que nous pouvons faire, mais ce que Lui compte faire. Et les verbes qu'Il emploie sont des verbes au futur. Donc, Il nous invite à regarder vers l'avenir alors que les Églises du Proche-Orient, malheureusement, sont des Églises figées dans leur passé. Sollicitées aujourd'hui de mille et une façons pour regarder vers l'avenir, elles continuent cependant à s'accrocher au passé, croyant que lâcher le passé, c'est perdre et le présent et l'avenir. Ce sont des Églises pétrifiées par la peur. Une peur qui trouve des explications, mais sans aucune justification, dans le passé. À plus forte raison, dans le présent et dans l'avenir.

Certes, l'Église vient du passé. Mais elle n'est pas pour le passé. D'ailleurs, Jésus n'est pas le Dieu qui, venu dans le passé, est resté dans le passé. Jésus est le Dieu qui vient. Le Dieu qui tient le passé, le présent et le futur dans sa main. Et le Dieu qui vient toujours. L'Église est née de Son côté, sur la croix. Mais vouloir en rester là, c'est ne pas aller à l'étape de la Résurrection et de la Pentecôte. Symboliquement et théologiquement, du coup de lance, du côté de Jésus, l'Église a jailli. C'est très vrai. C'est le summum de l'amour que le Seigneur pouvait nous donner, de mourir sur la croix. Il n'avait plus rien d'autre à nous donner. Et c'est dans Sa mort même que l'Église a été fondée. Mais s'accrocher à cette perspective, sans vouloir traverser la mort, c'est se condamner à rester figé, sans jamais déboucher sur la Résurrection et la Pentecôte. Une telle Église est, tôt ou tard, condamnée.

Le Seigneur est venu pour aider Son Église à se sauver et, par elle, sauver les hommes. Les Églises, à se cramponner au passé, risquent de rester repliées sur elles-mêmes et fermées aux autres. Enfermées sur elles-mêmes: je suis syriaque, je suis byzantin, je suis arménien, je suis maronite. Et je me cramponne à la structure de mon Église. Je me cramponne à ses habitudes, à ses habits, à ses liturgies, à son architecture. Même à la langue et aux chants. En dépit du fait que les gens ne comprennent plus rien à la célébration de la Sainte Messe. Je me cramponne à tout cela, me donnant l'illusion qu'ainsi je reste accroché au Seigneur.

Certes, il est de mon devoir de garder ce que le Seigneur m'a donné à travers l'histoire. Il est de mon devoir de respecter la tradition. Mais faire comme les juifs ont fait avec la loi et le sabbat, les mettre à égalité avec Dieu, et même aller au-delà, en disant, comme certains Pharisiens, que Dieu apprend la Loi, c'est mettre Dieu en dessous de la Loi. Et c'est une inconséquence absolument désastreuse pour l'Église.

Personne ne le fait consciemment. Mais dans un inconscient soit personnel soit collectif, nous vivons cela. Et cela se retourne et contre l'Église et contre le peuple au milieu duquel le Seigneur nous a placés. L'Église ne peut pas rester repliée sur elle-même ni fermée aux autres. Elle doit s'ouvrir. Elle doit à tout prix s'ouvrir, sous peine de mourir.