C'est ton coeur qui compte
Le 26 novembre 1987, après avoir dit à Myrna: Va et
annonce dans le monde entier, et dis sans crainte qu'on
travaille pour l'unité, Jésus ajoute: On ne blâme pas
l'homme pour le fruit de ses mains, mais pour le fruit
de son coeur. Je trouve cette phrase vraiment
extraordinaire. Pourtant, elle est d'une simplicité et
d'une transparence bouleversantes. Nous avons trop
tendance à juger les autres et nous-mêmes, en fonction
de notre production matérielle. Vous avez de l'argent?
On déclare que vous valez ce que vous avez en poche, ou
en banque. Vous êtes fort, musclé, vous luttez contre
un homme fort? Si vous avez le dessus, c'est que vous
êtes le meilleur. Vous avez un poste? Ça va, vous avez
de la valeur! Il s'agit toujours de ce qu'on a mais pas
de ce qu'on est. Et pourtant, entre l'avoir et l'être,
il y a une différence quelquefois du néant au tout.
Dans le monde, on a toujours jugé les hommes à partir
de ce qu'ils ont et non de ce qu'ils sont. Mais
malheureusement, dans le monde actuel, on a de plus en
plus l'impression que cette façon de juger prend une
nouvelle ampleur.
Or Jésus ici, aussitôt après avoir dit à Myrna: Va et
annonce dans le monde entier, et dis sans crainte qu'on
travaille pour l'unité, continue tout simplement: On ne
blâme pas l'homme pour le fruit de ses mains. L'air de
dire: «Ne crains pas si apparemment tu n'arrives à rien.
Tu peux être chargée d'une grande mission, tu peux ne
pas réussir humainement parlant, mais si ton coeur y
est, pour moi, c'est ton coeur qui compte.» C'est ton
coeur qui compte.
Et c'est là qu'on comprend comment le Seigneur préfère
commencer par les tout-petits, qui ne sont rien aux
yeux des gens, qui ne sont rien à leurs propres yeux et
qui se considèrent incapables de quoi que ce soit. Un
peu comme disait le Père Chevrier: «Vous ne savez rien,
vous n'avez rien, vous ne valez rien, venez chez moi!»
Et cela me rappelle aussi le titre que se donnait la
Vénérable Marie de Jésus Crucifié. Une figure
extraordinaire. C'est une religieuse palestinienne,
qui est morte en 1878, et dont la vie a été une suite
de merveilleux extraordinaire. Elle, qui était
absolument analphabète, était sujette à des extases au
cours desquelles elle donnait des poèmes en langue
française qu'elle ne connaissait pas. Et en une langue
française très pure, on aurait dit une langue de grands
poètes. Mais elle vivait dans un effacement total. On
l'appelait le petit rien, ou la petite arabe. Donc,
c'est toujours le rien qui compte pour le Seigneur, si
ce rien s'accepte comme rien en face de ce Tout qui est
Dieu. C'est bien ce que Jésus a l'air de dire à Myrna:
«Ne crains pas si apparemment tu n'aboutis à rien. Mais
c'est ton coeur qui compte.»
C'est une immense consolation pour tout homme qui
croit! Que de personnes ont trimé toute leur vie et, au
bout de dizaines d'années de travail, ont vu leur
oeuvre s'écrouler! C'était le cas du Père Chevrier. Il
voulait fonder une société de prêtres qui s'occuperait
des pauvres, et des plus pauvres parmi les pauvres, les
petits enfants. Il a réussi avec peine à grouper
autour de lui quatre prêtres et, peu de temps avant sa
mort, il voit les quatre s'évaporer! Deux l'ont quitté
complètement, un autre était plus ou moins hésitant,
l'autre semblait en perte de conviction. Si bien que
le Père Chevrier a vu presque toute son oeuvre à terre.
Et il s'est abandonné au Seigneur. Et ce n'est
qu'après sa mort que tout a redémarré.
Cela nous ramène à la phrase que Jésus a dite: «Si le
grain de blé ne meurt, il reste seul mais s'il meurt,
il porte beaucoup de fruits» (Jn 12, 24). Eh bien,
j'espère qu'à travers Soufanieh, il y aura beaucoup de
grains de blé, il y aura beaucoup de grains arabes
convaincus de l'Incarnation du Seigneur, convaincus de
leur propre incarnation dans le milieu arabe à majorité
musulmane.
J'espère que ces nombreux grains de blé aimeront suffisamment et Dieu et leurs frères musulmans, et tous leurs frères chrétiens, à quelque communauté ou Église ou confession qu'ils appartiennent, qu'ils les aimeront tous d'un amour tel qu'Il pourra vraiment les transformer, et eux et les autres, pour que nous ayons dans le Proche-Orient non pas quelques épis mais des champs de blé à perte de vue, qui chantent vraiment le Seigneur, qui chantent la paix, la gloire de Jésus et l'amour de Jésus!