Sans moi, vous ne pouvez rien
Il est un point que je voudrais souligner ici. C'est
une simple conclusion, tirée de tant de changements
survenus à Soufanieh, ou grâce à Soufanieh.
À Soufanieh, on vit une familiarité avec Dieu, je
dirais tangible. Mais, pour tout changement d'ordre
spirituel, on se rend compte de notre impuissance
radicale. Dieu seul peut opérer le changement
spirituel, même le moindre. On a beau faire soi-même
des efforts. Ce n'est pas que je veuille dire que
l'homme est absolument impuissant, que Dieu seul fait
tout. Mais effectivement, plus je m'observe, plus
j'observe les gens qui prient à Soufanieh et qui ont
changé à partir de Soufanieh, plus je me rends compte
de la profondeur de la parole de Jésus qui me choquait
quand j'étais au grand séminaire et qui m'a répugné
pendant des années: «Sans moi, vous ne pouvez rien
faire!» (Jn 15, 5). Eh bien, à Soufanieh, j'ai touché
du doigt la vérité, la vérité profonde, si humaine et
divine à la fois, de cette parole: «Sans moi, vous ne
pouvez rien faire!»
Il y a des jours où, faut-il le cacher, je me sens
vraiment désespéré. Le Seigneur est capable de nous
changer. Seigneur, pourquoi ne me changes-tu pas? Et
c'est là que je comprends ce que dit saint Paul,
lorsqu'il écrit: «En Lui, en Celui qui me fortifie, je
peux tout» (Ph 4, 13). Ces deux phrases se font pendant
l'une à l'autre: «Sans moi, vous ne pouvez rien faire!»
«Je peux tout en Celui qui me fortifie!» Le tout est de
Lui dire: «Seigneur, entre, envahis-moi!»
Mais il y a tant d'obstacles et tant d'opacité en nous, vous voyez. Et, finalement, entre les deux mon coeur balance. On voudrait tellement pouvoir Lui dire: «Mais, prends-moi, défais-moi et refais-moi!» Malheureusement, il y a tant de conditionnements en nous qui font que ce qu'on Lui affirme en paroles, on le reprend effectivement dans la réalité concrète.