Nicolas

Nicolas est réellement bouleversant. Un peu comme saint Joseph. On le lui a dit fréquemment. Et il répond humblement: «Qu'est-ce que je suis?» Il faut vraiment le voir et avoir connu Nicolas avant. Moi, je ne le connaissais pas. Mais, au début du phénomène, on le voyait toujours tiré à quatre épingles, soucieux de son apparence. Et puis, lentement, cet homme a été arrondi par la Vierge, par Jésus, et petit à petit, il est entré dans une sorte de familiarité avec Dieu, dans une sorte de dénuement, de dénudation de soi-même devant Dieu. Si bien que maintenant, vous le sentez présent, mais d'une présence complètement effacée. Silencieux, très attentif, très soucieux de sauvegarder la primauté de Dieu et de la prière. Ne permettant aucune infraction à l'atmosphère de prière. Mais ne cherchant jamais à se mettre en avant. Jamais. Seulement dès qu'il voit la moindre infraction, soit en paroles, soit par une manière plus ou moins louche de profiter de la prière à Soufanieh, il y met ordre immédiatement. Dans la plus grande discrétion.

Je vous cite quelques exemples ou quelques réponses de Nicolas, qui le caractérisent mieux qu'un discours. Voici d'abord la réaction de quelqu'un qui a vécu avec Nicolas et qui était son ami intime. C'est un homme qui a l'âge de Nicolas, une cinquantaine d'années, et qui, dans sa jeunesse, habitait à Soufanieh. Il s'appelle Georges Barsa et il a émigré aux États-Unis où il vit depuis au moins onze ans. Je l'ai visité en 1984, à New-York. Il m'a invité à dîner, et nous étions là plusieurs personnes, dont des musulmans. Après le repas, il me demande: «Père, dites-moi ce qui se passe à Soufanieh? C'est mon quartier.» Alors je lui raconte un peu ce qui se passe. Au bout d'un moment, il me dit: «Mais, comment s'appelle le mari de Myrna?» Je dis: «Nicolas Nazzour.» Je vous assure, un serpent l'aurait piqué qu'il n'aurait pas bondi de cette façon. Il m'a dit: «Ce n'est possible! Nicolas, mais moi je le connais! C'est moi qui organisais avec lui nos soirées de plaisirs!» Je le regarde et lui dis: «Georges, tu oublies que le Seigneur se plaît quelquefois à faire sortir des perles de la fange... Tu oublies. Tu oublies saint Paul. Et Marie-Madeleine, qu'est-ce qu'elle était? Les Apôtres, qu'est-ce qu'ils étaient? Saint Augustin, qu'est-ce qu'il était? Regarde l'histoire de l'Église! Nicolas n'est pas différent de ces personnes. Ce n'est pas nous qui nous sanctifions. Dieu nous arrache de notre boue, et si on correspond à Sa grâce, on peut devenir des saints. Eh bien, voilà Nicolas!»

Nicolas, vraiment, a changé et d'une façon bouleversante! Voici maintenant quelques-unes de ses réactions. Au début du phénomène, un grand responsable des services secrets vint à Soufanieh. Il prend Nicolas à part un moment et finit par lui dire: «Nicolas, moi je vous plains. Maintenant c'est le début du phénomène et vous n'êtes déjà plus chez vous. Que sera-ce dans quelques années? Il faudra fermer la porte.» Nicolas a eu cette réponse: «cette porte, ce n'est pas moi qui l'ai ouverte. Celui qui l'a ouverte la fermera.»

Deuxième réaction. Le ministre de la Défense lui-même, le général Mustapha Tlass, était venu. Il avait vu l'huile couler. Par la suite, il revient avec l'État-Major de l'armée syrienne prier à Soufanieh. Puis il prend Nicolas à part et lui dit: «Nicolas, je crois que votre maison va devenir un lieu de pèlerinage. Il n'est plus question que vous y restiez. Le gouvernement mettra en votre possession un appartement que vous choisirez où vous voulez, pour que vous soyez à l'aise.» Nicolas a répondu: «Ce que Dieu a béni, je ne l'échangerai contre rien au monde.»

Ceci c'était au début du phénomène. Par la suite, le jeudi saint 16 avril 1984, lors de la seconde ouverture des stigmates, la blessure du côté de Myrna mesurait exactement 10 cm 2 mm. Elle était tellement profonde que l'un des médecins a dit à Nicolas: «Il faut qu'on lui fasse des sutures.» Nicolas a répondu spontanément: «Docteur, cette blessure, Celui qui l'a ouverte la fermera.» Et le soir même, la blessure était complètement cicatrisée. Le soir même.

En novembre 1987, j'étais en France. Je suis rentré à Damas le 22 novembre 1987. Avant d'aller chez mes parents, je passe à Soufanieh. On venait d'aménager le patio et la terrasse. Très simplement, en vue du cinquième anniversaire. Nicolas me conduit à la terrasse où la Vierge apparaissait à Myrna. Et je constate qu'ils avaient pavé la terrasse, tout en laissant à découvert l'endroit où l'huile avait coulé des mains de Myrna et où elle disait que la Vierge s'était tenue. Par-dessus cet endroit, ils avaient placé un socle, et au-dessus du socle, une belle statue de la Vierge. Nicolas me dit: «Pendant qu'on réparait le patio, c'est là que nous priions tous les jours.» Je lui demande: «Il y avait beaucoup de monde?» Il répond: «Quelquefois soixante-dix personnes, un peu plus, un peu moins.» Je m'exclame: «Mais vous êtes fous! Nicolas, c'est une vieille maison. Et avec le béton que vous avez placé, plus le carrelage, le socle et la statue, mais cela risque de s'effondrer avec soixante-dix personnes!» Il me regarde et me dit: «Mais Père, vous n'y pensez pas! Ce ne sont pas les murs qui supportent la Vierge, c'est la Vierge qui nous supporte tous!» Une telle réponse en dit long sur l'évolution de cet homme. Je vous assure que je me suis senti tout petit devant lui quand il m'a fait cette réflexion.

Une autre fois, j'étais à Soufanieh en train d'expliquer les événements à un groupe de pèlerins. Une femme se tourne vers Nicolas et lui dit: «Heureux es-tu, Nicolas. C'est parce que tu es bon que le Bon Dieu te donne cette grâce!» Il lui a répondu: «Mais détrompez-vous, Madame. C'est pour que je devienne bon!»

Un jour, je passe là-bas. Nicolas me remet une enveloppe. Sur l'enveloppe, il était écrit: Père Elias Zahlaoui, Presbytère de Soufanieh, Damas, Syrie. J'ai dit en riant: «Tiens! Presbytère de Soufanieh! Donc cette maison m'appartient!» Et Nicolas de répondre: «Mais Père, depuis quand m'appartient-elle? Elle ne m'a jamais appartenu.» Pourtant, cette maison appartient bien à Nicolas et à sa famille. Vous voyez donc un peu, à travers ces anecdotes et ces réponses, les traits de Nicolas. Il continue à vivre très simplement.

Mais le dernier trait que je voudrais vous relater remonte à peine à un an et demi. Un jour, j'étais dans mon bureau. Nicolas vient comme cela, sans me prévenir. Il reste et nous bavardons un moment. Au cours de cet échange, il me dit très simplement ces mots que j'ai notés dès son départ: «Père, je me rends compte à l'évidence que le Seigneur veut me dénuder complètement. Il veut me jeter à Ses pieds, complètement nu, sur une petite natte de rien du tout. De toutes mes entreprises, depuis le début du phénomène jusqu'à maintenant, je n'en ai réussi aucune. Je suis sûr que le Seigneur veut complètement me dénuder pour que je devienne prisonnier de Lui seul. Et je suis prêt.»

Eh bien quand vous entendez une réflexion pareille, dite sur un ton très simple, sans la moindre affectation, vous vivez réellement une présence divine à travers l'évolution de cet homme qui s'appelle Nicolas!