Les extases, un tournant

Du lundi 7 septembre 1987 au jeudi 26 novembre 1987

Maintenant, il y a un tournant. C'est celui du 7 septembre 1987. Ce tournant avait été précédé de l'avertissement mystérieux du Samedi saint 18 avril 1987. Le 7 septembre 1987, le message a pris l'allure de plus qu'un avertissement; d'un ultimatum, je dirais. Myrna, au sortir de cette extase, pleurait, au point qu'aux prêtres qui lui demandaient: «Mais, qu'est-ce que tu as, Myrna?», elle a dit: «Sortez, je ne veux personne ici. S'Il voulait m'abandonner, pourquoi m'a-t-Il choisie? Le suicide est préférable.» Imaginez ce mot. Il montre combien Myrna était atterrée, désespérée presque. Je n'étais pas à l'intérieur pour l'entendre mais c'est le Père Boulos Fadel qui me l'a rapporté.

Voici la teneur du message. C'est Jésus qui parle: Marie -- c'est le nom de baptême de Myrna --, n'est-ce pas toi que j'ai choisie, la jeune fille calme, au coeur plein d'amour et de sympathie? J'ai constaté que tu es incapable de supporter quoi que ce soit pour moi. C'est une condamnation à mort. Et le Seigneur a poursuivi: Je te donnerai une chance pour choisir. Mais sois sûre que si tu me perds, tu perdras la prière de tous ceux qui t'entourent, et saches que le portement de la croix est inévitable. Est-ce que Myrna a cherché, pendant cette période, est-ce que nous aussi, nous avons cherché à esquiver le portement de la croix? Parce qu'il n'y a pas que Myrna seule. Myrna, je dirais, est la représentante de toute la communauté. Est-ce que nous aussi nous avons tenté de fuir la croix, de l'esquiver, de nous donner l'illusion de la porter? C'est notre tentation tous les jours. Myrna a dû passer par une phase autrement plus grave de cette tentation, et le Seigneur lui a tiré l'oreille.

Une seule personne a deviné ce qui a pu se passer, avant d'avoir entendu le moindre mot du message. C'est Nabil, le cameraman, qui était là, toujours en permanence à filmer. Quand il a vu Myrna pleurer de cette façon, il s'est tourné vers son mari et lui a dit: «Nicolas, je crois que Jésus a tiré l'oreille à ta femme.» Et de fait, quand elle nous a donné le message, on s'est dit: «Nabil a vu clair.» Par la suite, Myrna a intensifié la prière. Et nous aussi, nous nous sommes frappé la poitrine en nous disant: «Il est temps d'intensifier notre vie de prière, et notre vie d'amour et de service.» Heureusement que le Seigneur a eu pitié de nous. Autrement, cela aurait été une dégringolade effrayante. Imaginez, au bout de quatre ans: nous serions devenus la risée, mais une incroyable risée, pour tout le monde. Imaginez notre situation, la situation de Myrna, si tout avait cessé après tous ces événements. Les gens auraient certainement dit que c'était complètement faux. Ou bien: «Voyez, c'est Dieu Lui-même qui les abandonne. Alors, les pauvres, qu'est-ce qu'il leur reste?»

La réponse à cet ultimatum était guettée avec une immense inquiétude, le soir du 26 novembre 1987. Ce jour-là, il y avait le Père Laurentin. Le Seigneur donna un message à Myrna. Il la félicita de l'avoir choisi, mais Il l'invita à plus de vie de foi et d'amour vécus dans le réel. Il l'invita à prier pour ceux qui la persécutent parce que, par eux, Il lui promettait la gloire. Et Il l'invita une nouvelle fois à être forte face aux difficultés, à être fidèle dans le fait qu'elle est épouse, mère et soeur de ceux qui viennent chez elle. Et de nouveau, Il lui énonça le grand message. Mais cette fois, pour qu'elle le porte au monde entier: Va et annonce dans le monde entier, et dis sans crainte qu'on travaille pour l'unité. Cela a été le grand tournant. Et quel retournement! Un ultimatum que le Seigneur a Lui-même retiré, par amitié pour nous, par amour pour Lui-même.

Et Il charge maintenant Myrna d'une mission: Va et annonce! Ce va et annonce a été happé par un médecin qui avait téléphoné le soir-même des États-Unis, le docteur Antoine Mansour. À sa demande, on lui avait dicté le message. Peu de temps après, il téléphone à nouveau pour dire: «Eh bien, on va mettre en pratique l'ordre du Seigneur. Je vous invite et on va commencer par les États-Unis.»