Les diverses réactions
En Syrie, la population dans sa majorité est musulmane.
Le gouvernement, dans sa majorité, est musulman. Et à
l'époque où ont commencé les événements de Soufanieh,
il y avait un heurt violent et même sanglant entre le
gouvernement et des intégristes musulmans, qui
s'appellent les frères musulmans. Donc la situation
était trouble.
Pourtant, le gouvernement syrien a eu l'intelligence,
et je dirais le sens religieux, d'envoyer une
délégation, composée d'un médecin et de quatre
officiers des services secrets. Deux s'étaient
présentés nommément et deux autres s'étaient glissés
dans la foule. C'était leur devoir. Il fallait bien
savoir ce qui se passe. Ils ont mené l'enquête devant
tout le monde. Et, à la fin, leur enquête a été
résumée par le mot du médecin, qui a dit aux officiers:
«Dieu est grand!» Chacun d'entre eux, avant de partir, a
pris un morceau de coton imbibé d'huile, placé dans un
sachet de plastique. Et depuis, le gouvernement a eu
une attitude des plus respectueuses par rapport à
Soufanieh. Nous n'avons jamais été ennuyés. Jamais.
Au contraire même.
Des responsables de la police générale de Damas sont
venus à Soufanieh le 16 décembre 1982. Dans le plus
grand respect. Ils ont voulu voir et entendre par
eux-mêmes ce qui se passe et ils ont dit: «Si jamais
vous avez besoin de quoi que ce soit, pour maintenir
l'ordre, faites-nous signe, nous sommes tout prêts.» Il
y avait, en effet, des foules immenses qui venaient.
Mais nous n'avons jamais eu besoin d'eux. Et jusqu'à
maintenant, le même respect se maintient, aussi bien de
la part du gouvernement que des gens qui viennent
s'informer ou prier.
Le ministre de la Défense est venu à plusieurs
reprises, une fois même la nuit de Noël 1982. Cette
nuit-là, sous ses yeux et ceux de sa femme, ainsi que
sous les yeux d'un ancien premier Ministre, Mahmoud
Ayoubi, l'huile a coulé de l'image de Soufanieh, alors
que, quelques instants auparavant, elle était toute
sèche. Par la suite, le ministre de la Défense m'a
fait une déclaration à deux reprises, dans son bureau
d'abord, puis dans sa maison, et cela devant l'un des
évêques de Syrie, Mgr Boulos Bourkhoche: «Père, m'a-t-il
dit, le jour où vous écrirez vos mémoires sur
Soufanieh, n'oubliez pas de dire que je suis témoin.» Il
a dit cette phrase en se frappant la poitrine. Pour un
arabe, se frapper la poitrine en disant quelque chose,
c'est prendre Dieu et son coeur à témoin de ce qu'il
dit. Donc, jusqu'à maintenant, et cela continuera
sûrement, la position du gouvernement a été des plus
respectueuses.
L'autorité ecclésiastique, elle, comme il se doit, a
été très prudente. Et à certains moments, trop. Puis,
par la suite, les choses ont beaucoup évolué. Le
patriarcat orthodoxe a fait un communiqué officiel le
31 décembre 1982, reconnaissant dans les événements de
Soufanieh une «vision non ordinaire», comme ils l'ont
appelée. Contrairement à toute la tradition
théologique orientale, surtout orthodoxe, le communiqué
qualifiait d'icône sainte la petite image en papier.
On y proclamait aussi deux choses importantes: la
nécessité d'une commission d'enquête, théologique et
médicale, ainsi que le transfert de «l'Icône Sainte» à
l'église orthodoxe de la Sainte Croix, qui se trouve à
500 mètres de la Maison de la Vierge à Soufanieh. Le
transfert a eu lieu. Ce fut grandiose.
Malheureusement, quarante-trois jours après, l'image a
été ramenée à la maison dans la plus grande discrétion.
Et depuis, l'Église grecque-orthodoxe, dont relève la
maison parce que Nicolas est grec-orthodoxe et Myrna
grecque-catholique, depuis, l'Église grecque-orthodoxe
a pris une attitude négative.
Mais les autres Églises, ainsi que le nonce apostolique
à Damas, lentement, ont pris connaissance de ce qui se
passe. Par la suite, la nonciature a suivi très
régulièrement le phénomène et je sais pertinemment qu'à
Rome on s'en occupe sérieusement.
D'autres évêques ont été, je dirais, embarqués dans le
phénomène sans s'y attendre. Tel fut le cas de Mgr
Boulos Bourkhoche. De son côté, Mgr Georges Hafoury,
évêque syrien-catholique, qui refusait ironiquement le
phénomène, lui a été acquis le jour où, au mois
d'octobre 1986, il a vu dans la maison de son frère, à
Beyrouth, l'huile couler abondamment d'une image de
Notre-Dame de Soufanieh. Et il est venu à Soufanieh
même, le 15 décembre 1986, en témoigner. À deux
reprises ce jour-là, il a eu les larmes aux yeux.
Pourtant, on le filmait sur vidéo et il a accepté
d'être filmé ainsi. D'ailleurs, c'est lui le premier
qui a fait connaître Soufanieh au monde entier, en
publiant dans la revue occidentale Stella Maris, qui
paraît à Fribourg, en Suisse, le premier article écrit
sur Soufanieh. Article écrit par lui, évêque
syrien-catholique de Syrie.
Par la suite, d'autres évêques ont suivi. Il faut
particulièrement mentionner le patriarche
syriaque-orthodoxe, Sa Sainteté Zakka Iwas 1er.
Celui-ci a cherché, à partir du mois d'août 1987, à
comprendre ce qui se passe. Il a pris la peine
d'étudier tout le dossier, de visionner les
vidéo-cassettes, de m'écouter longuement en tête-à-tête
dans son bureau, pour connaître exactement les faits.
Il continue jusqu'à maintenant à suivre le phénomène,
au point que le 28 mai 1990, il a accepté de donner sur
un film vidéo-cassette son témoignage au cours duquel
il reconnaissait Soufanieh officiellement. Il le
faisait en des termes bouleversants, aussi bien de
simplicité et de vérité, que de profondeur. Il a
d'ailleurs à plusieurs reprises dit à de nombreuses
personnes, dont des gens qui attaquaient le phénomène
devant lui: «Mes enfants, allez prier à Soufanieh, le
doigt du Seigneur travaille à Soufanieh.» Il a eu le
courage de le dire. Tout dernièrement, enfin, il a
publié dans la revue de son patriarcat un très long
compte-rendu de mon livre, pour, à partir de cette
recension, dire aux gens que lui aussi adoptait
Soufanieh.
Au niveau du peuple en tant que tel, au départ, cela a été un choc. De l'huile qui coulait d'une image. Les gens ont afflué en masse à la maison où cela se passait. Parmi eux, comme autour de Jésus, il y avait les gens qui croient et les incrédules, ceux qui ironisent, ceux qui se croient très intelligents, ceux qui croient ne pas pouvoir s'engager à cause de leur situation, soit sociale, soit économique, soit politique, etc. Il y a eu aussi des fidélités touchantes et des conversions peu banales, du moins par rapport à celles que j'ai connues. Mais le choc a provoqué de prime abord, massivement, la prière. Et c'est ce qui compte pour moi. Tout le reste me paraît insignifiant. La critique, l'ironie, il y en a eu et il y en a toujours, comme l'incrédulité et
le refus obstiné de beaucoup jusqu'à maintenant,
surtout parmi les gens riches de Damas. Même parmi le
clergé, en dépit des huit ans et demi que dure jusqu'à
maintenant le phénomène, certains s'obstinent
aveuglément à le refuser a priori. Ils lui trouvent
une explication soi-disant psychologique ou
physiologique, voire physique.
On a prétexté que Myrna devait prendre des pilules qu'ils appelaient oléogènes, qui auraient fait que le corps de Myrna sécrète de l'huile. Et les images qui, un peu partout, en Syrie, au Liban, en France, en Amérique, sécrètent de l'huile? Et la toute dernière connue, en Irak, à Mossoul, depuis janvier 1991? Toutes ces images, comment font-elles pour sécréter ainsi de
l'huile?
D'autres imputent ce phénomène à une intervention
diabolique. On imagine difficilement un homme qui a sa
raison et qui ose dire, au bout de huit ans et demi
d'un phénomène qui a apporté réellement une vie de
prière aussi intense et aussi vaste, qu'il s'agit d'un
phénomène diabolique. Et ce sont pourtant,
malheureusement, des personnes parfois haut placées
dans certains postes ecclésiastiques qui parlent ainsi.
Au niveau du peuple, en revanche, la réaction a surtout
été la prière. Après le choc du début, qui a provoqué
l'affluence massive des gens à Soufanieh, lentement, le
mouvement a retrouvé une dimension plus naturelle, plus
plausible et plus modeste. Et je crois que c'est
providentiel.
Et tandis qu'à Damas et en Syrie le phénomène prenait
une dimension assez modeste, même effacée, qui touchait
une catégorie assez réduite de gens, lentement, au
dehors, les ondes de Soufanieh s'élargissaient. Si
bien que, beaucoup de Syriens disent: «On nous a parlé
de Soufanieh aux États-Unis et ici même, à Damas, nous
n'avons même pas pris la peine d'aller y prier.»
Je vous cite un cas. Il y a quelques mois, j'ai
rencontré un couple ami, dont le mari est médecin. Ils
m'ont demandé: «Père, parlez-nous de Soufanieh». Je
leur réponds: «Comment se fait-il que vous posiez la
question maintenant seulement?» La femme me dit: «La
soeur de mon mari est venue nous voir du Canada. À
peine descendue de l'avion, dans l'aéroport, elle nous
a dit: "Emmenez-moi à Soufanieh!" Cela nous a fait un
choc: comment elle, venant du Canada, nous réclamait de
la conduire à Soufanieh, et nous, à Damas, on n'avait
jamais pris la peine d'y aller!» Et elle m'a demandé:
«Père, parlez-nous de ce qui se passe.» Nous avons pris
rendez-vous et j'ai été les voir. Il y avait ce
soir-là cinq médecins, dont cette femme venue du
Canada, et une trentaine de personnes. Nous avons
passé toute la soirée à parler de Soufanieh. Je leur
ai exposé l'ensemble du phénomène. Au bout d'un
moment, le maître de maison, lui-même médecin, m'a pris
à part en me disant: «Père, jusqu'à maintenant, j'étais
tranquille. Mais, à partir de ce moment, je ne peux
plus rester tranquille. Soufanieh me provoque.» Et
beaucoup de gens en sont là.
Donc, au niveau de la population, il y a vraiment eu,
comme nous avons l'habitude de le dire avec le Père
Malouli, une sorte d'expérience évangélique. Un choc,
une réaction de prière, puis, de la part d'un bon
nombre, un certain recul. Et puis lentement, de
manière très modeste, le phénomène pénètre. Il pénètre
discrètement. Dieu est discret.